La trottinette électrique, nouvelle meilleure amie du citadin ?

Un moyen de transport révolutionnaire ?

Révolution technologique ou esthétique ?

Les trottinettes motorisées sont l’œuvre des Américains. Elles ont existé depuis 1919, créées par le constructeur allemand Krupp sur la base d’un brevet Américain. Ces engins novateurs étaient alors hors de prix et peu performants, ce qui leur a valu de passer à la trappe. En 1980, elles reviennent avec des moteurs à essence, et deviennent l’outil de sportifs au sein de diverses disciplines. Ce n’est qu’en 2010 qu’elles font leur apparition sous la forme de trottinettes électriques, que l’on connait aujourd’hui. Elles deviennent alors un « engin de déplacement personnel motorisé », et sont de plus en plus populaires en milieux urbains, en 2017 100 000 exemplaires ont été vendus en France.

Elles permettent d’éviter les contraintes d’autres modes de mobilité et sont à ce moment-là des outils émancipateurs : la notion de propriété s’applique, les utilisateurs achètent leur propre véhicule électrique, ils en sont maîtres. C’est en 2018 que la situation évolue, les services de locations de trottinettes « sans point d’attache » ou « free floating », (terme développé dans un autre article de ce blog) se développent et s’installent aux quatre coins du monde, en débutant par San Francisco, une véritable mode s’installe.

De nouvelles start-up militantes ?

Ces entreprises, telles que Lime (la première à se lancer), ce sont effectivement implantées partout, mais bien souvent, elles l’ont fait illégalement dans les rues de nos villes. Comme le dit Guillaume Fauré « mieux vaut demander pardon que la permission », puisque la stratégie de s’implanter sans autorisation a été de choix dans ce domaine, permettant de devenir les premiers sur le marché en occupant l’espace illégalement. Ces actions ont d’ailleurs suscité de fortes réactions au sein des municipalités qui ont parfois interdit nos amies les trottinettes électriques « sans point d’attache », qui sont déposées n’importe où, et sont parfois même introuvables au dire d’utilisateurs ou de juicers. En effet, aucune législation n’était existante lors de leur arrivé, ce qui a conduit à de multiples conflits avec les autorités, qui sont impuissantes et dépassées par ces actes illégaux. Cependant, aujourd’hui de nombreuses règles existent : à Lyon par exemple une taxe de 30€ par engin a été mise en place, se justifiant de l’usage de l’espace public. Ces sommes serviront à réaménager l’espace urbain, comme la mise en place de places de stationnement (cf. illustration de l’article).   

Outil asservissant ou émancipateur ?

La micro-mobilité, un nouveau maillon de l’intermodalité

Il est intéressant de se pencher sur la potentielle émancipation -dont j’ai parlé quelques lignes plus tôt- à laquelle ouvre cet engin, pratique d’utilisation et qui ouvre à la micro-mobilité ; un terme qui regroupe tous les moyens de déplacement individuels, légers, compacts et portatifs, permettant à l’utilisateur de parcourir de petites ou moyennes distances, souvent en complémentarité avec d’autres modes de transport.

Les avantages des trottinettes électriques sont effectivement multiples, elles ne sont pas en vogues pour rien. Premièrement, leur utilisation est ludique et très simple -à condition d’avoir un smartphone et une batterie pleine-, il suffit de se rendre sur l’application et de déverrouiller un véhicule pour la somme d’un euro, le service est ensuite facturé en centimes par minutes (15 centimes généralement). Ainsi le plaisir de slalomer entre les bouchons et les piétons à toute allure n’est pas très couteux, dans le cas d’un trajet de courte durée. C’est une réponse aux engorgements, un véritable gain de temps dans les milieux urbains à densités importantes. Il n’y a aucune contrainte d’usage puisqu’elles sont « sans point d’attache » et prêtes à l’emploi, ce nouveau système concurrence même les applications de services type VTC… Le système est plus économique et responsabilise les citoyens, maître de leurs déplacements. La mise à disposition de ces trottinettes permettraient-elles de nous éloigner un peu plus de l’ubérisation de la société ?

La liberté de rouler sous conditions

Si les trottinettes sont ludiques et simples d’utilisation, celle-ci n’est pas dénuée de contraintes. Premièrement il faut avoir être majeur et titulaire d’un permis de conduire pour les utiliser, en plus de devoir posséder un smartphone et des données mobiles et de devoir porter un casque. Oui, c’est obligatoire… comme à vélo, mais, avez-vous déjà vu quiconque se faire contrôler ? Il est simple de fuir à 30 km/h, mais ce n’est pas sans danger. On vente beaucoup cette nouvelle micro-mobilité, mais comme les autres, elle n’est pas sans risque. Effectivement les utilisateurs de celles-ci se retrouvent confrontés aux mêmes situations que les cyclistes : il est dangereux d’utiliser les trottoirs pour les piétons et dangereux pour soi-même de se mêler aux véhicules. Entre janvier et mai 2019 sur Lyon, 12% des prises en charge du service d’urgence du Centre Hospitalier Saint Joseph-Saint Luc concernaient les accidents de trottinettes (situé au centre, il est le plus important de la ville). Le respect du code de la route et s’équiper semble nécessaire, la trottinette électrique est ludique, mais ce n’est pas un jeu.

Ce service comprend d’ailleurs une face cachée, qui réponds à la question que j’ai posée précédemment, celle d’un éloignement de l’uberisation. Cette face cachée, ce sont les « juicers », de nouveaux travailleurs précaires. En effet, on peut très simplement le devenir : il suffit de s’inscrire sur le site internet des entreprises, et répondre à un questionnaire. Quelques jours plus tard, on vous envoie des chargeurs par voie postale et vous partez à l’aventure : avec votre propre smartphone, votre véhicule et de l’essence payée par vos soins. Démarre alors une véritable traque des trottinettes à travers les rues à l’aide de l’application qui les localise, petit bémol, elles sont parfois introuvables… Une rémunération de 4 ou 5€ par trottinettes est alors effectuée par l’entreprise, selon la tâche que l’on effectuera. Soit elle doit être ramenée à la base de la marque, soit elle doit être rechargée, avec votre électricité -que vous paierez de votre poche-, bien évidemment. Ensuite les trottinettes doivent être déposée à un endroit indiqué par l’application. Une journaliste de l’émission on est plus que des pigeons a tenté l’expérience… résultat 1,83€ de l’heure sans compter l’essence et la facture d’électricité.

Vive l’uberisation de la société et la ville numérique et ludique de demain !

G.N

Sources :

Licence Creative Commons

Source image : wikipédia, « Parking pour trottinettes électriques, Paris 18e » prise le 26 novembre 2019 par EtoileDeMerMasquée.
Ce fichier est sous la licence Creative Commons Attribution – Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.

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