Moovizy 2, un MaaS pour Saint-Etienne Métropole : formes, enjeux et risques de cette innovation dans la gestion des mobilités urbaines

Avec Moovizy 2, Saint-Etienne deviendra la première métropole française à mettre en place un MaaS. Au-delà des promesses d’une mobilité facilitée pour les usagers du service, la mise en place de Moovizy 2 nous pousse à nous interroger sur les conséquences du développement des MaaS sur la gestion des mobilités en ville.

Précisons d’abord ce qu’est le Mobilité as a Service (MaaS) ou mobilité servicielle, il s’agit d’un « système intégré proposant information, réservation, achat et validation, pour un panel de services de mobilité le plus étendu  possible. Cela passe par un compte unique où l’usager définit une fois pour toutes son profil, ses préférences et où il peut gérer ses achats et abonnements pour l’ensemble des modes. ». Les MaaS sont donc limités aux services avec paiement intégré, ce qui les différencient des applications d’informations classiques des opérateurs. L’intérêt de la mobilité servicielle est donc de faciliter les mobilités au sein des territoires urbanisés pour les usagers grâce à une vision améliorée de l’intermodalité intégrant au sein d’un compte unique, les transports publics mais aussi des services de taxi, de mobilités douces (vélo et trottinettes en libre-service), le transport ferroviaire et l’aérien.

Cette innovation est accompagnée par l’Etat comme le suggère la volonté «d’accélérer l’ouverture des données et le développement des services numériques » présente dans le projet de loi d’orientation des mobilités promulgué le 24 Décembre 2019. A noter, l’existence d’un comité stratégique « données et MaaS » piloté par les ministères du Transport et par le secrétariat d’État chargé du Numérique.

Moovizy 2 : un développement en cours d’une application précursive des futurs mutations qui affecteront les services de transports urbains

Moovizy 2 succédera à Moovizy, une application de recherche d’itinéraires multimodale, comprenant les transports publics de Saint-Etienne (STAS : bus et tramway), l’offre incluant le service de vélos (Vélivert), les horaires d’avion (Lyon), la voiture et le train, mise en place en 2016. Moovizy a d’ailleurs obtenu le prix 2016 de l’innovation transport public Oise mobilité, reconnaissant son effort pour offrir un service dépassant le simple cadre de la STAS (Société de transports de l’agglomération stéphanoise) à l’usager.

L’objectif avec Moovizy 2, actuellement en cours de test, est d’intégrer à la version antérieure de l’application des nouveaux modes de transport (réseau de taxi, autopartage, covoiturage, cars et parking) accompagné d’un compte unique avec possible facturation mensuelle.

Moovizy 2 : le fruit d’un partenariat Saint-Etienne Métropole – Transdev

L’application Moovizy est développée dans le cadre « d’un projet partenarial unissant Saint-Étienne Métropole, Transdev, sa filiale numérique Cityway et la STAS » selon le site de Saint-Etienne Métropole. Or, le partenariat semble être davantage entre Saint-Etienne Métropole et Transdev, étant donné que Cityway est une filiale de Transdev spécialisée dans le développement de MaaS et que la STAS, l’exploitant du réseau de transport de la métropole stéphanoise, n’est autre qu’une filiale de Transdev. Si le quasi-monopole de Transdev dans l’élaboration et l’exploitation du dispositif peut inquiéter à prime abord, on peut néanmoins noter que c’est un groupe français détenu à 66% par la caisse des dépôts.

Des interrogations subsistent cependant, notamment sur le statut de l’application Moovizy 2. Questions dont la principale finalité est de déterminer qui sera le propriétaire des données découlant de l’utilisation de Moovizy 2. C’est l’un des enjeux les plus déterminants concernant les MaaS, compte tenu que l’application conservera surement les adresses et trajets de ces utilisateurs.

Le MaaS : quelle intégration des citoyens et des usagers dans ces dispositifs ?

Certaines applications intègrent les citoyens dans la conception et le test des dispositifs. Moovizy 2 fait tester son prototype par des utilisateurs tirés au sort, représentant l’ensemble des communes de la Métropole et un panel représentatif au niveau des âges, afin de s’adapter le mieux possible au demande des citoyens. afin de s’adapter le mieux possible au demande des citoyens. Un travail de co-élaboration récompensé d’ailleurs par le GIE objectif transport public dans le cadre des challenges de la journée du transport public.

Billettique en ligne, compte unique, développement de l’intermodalité, optimisation de ses mobilités, les avantages des MaaS pour les utilisateurs semblent importants. Il faut toutefois garder à l’esprit que la réussite de ces applications dépendra surtout de leurs ergonomies. A défaut de cette caractéristique, le MaaS pourrait exclure d’emblée les « illectronistes », contribuant ainsi à renforcer une fracture sociale déjà présente.         

Les MaaS : un outil de gestion du trafic urbain en temps réel et de report modal pour les gestionnaires de transport ?

Le report modal est « l’action de remplacer un mode de transport saturé par un autre pour décongestionner le premier ». En l’occurrence, l’enjeu contemporain est d’arriver à reporter l’usage des voitures, notamment sous sa forme autosoliste, vers des modes plus doux devenus assez intéressants pour qu’ils soient choisis volontairement par l’utilisateur.

Si le report modal est un objectif à terme que le MaaS peut accompagner, ce service peut surtout être imaginé comme un outil de gestion du trafic en temps réel et d’adaptation des modes de transports pour fluidifier au maximum les déplacements. Les villes qui voudront bien mettre les moyens dans des MaaS pourraient bénéficier à terme d’une capacité de gestion multimodale des mobilités dépassant amplement les compétences actuelles, davantage limitées à l’observation, l’information et à la gestion des opérations de secours.

Quels risques au développement de MaaS ?

Le développement de MaaS est soutenu par l’Union des transports publics (UTP) mais l’organisme met quand même en exergue les risques que feraient courir l’ouverture des MaaS : « désintermédiation, évaluation biaisée des flux, dérégulation de l’offre tarifaire et remise en cause de la neutralité de l’offre ».

La question de la forme de gouvernance mise en place pour cette mobilité servicielle est fondamentale. Public, privé (grands groupes, start-up) syndicat mixte, les possibilités sont nombreuses. Le choix du mode de gouvernance constitue un enjeu fondamental de souveraineté et de gestion des données à une époque où des start-up, principalement étrangères et déconnectées des contextes dans lesquelles elles s’implantent, développent des activités de transport, d’hôtellerie, de livraison qui transforment notre rapport à la ville. Parmi les risques les plus envisageables en cas d’accaparation par des groupes privées : des calculs d’itinéraires prenant en compte les diffuseurs de publicité, des possibles conflits d’intérêts, des questions relatives la fiscalité mais surtout la captation et la diffusion des données personnelles des usagers.

Le Maas s’inscrit surement comme l’une des prochaines innovations en matière de mobilités affectant les villes, permettant pour l’usager de faciliter ses déplacements à l’échelle de l’agglomération, ainsi que de mieux coordonner les différentes mobilités pour les acteurs publics, s’ils sont à l’initiative de ce dispositif. Néanmoins les risques sont présents et s’inscrivent possiblement dans le double processus déjà à l’œuvre dans nos villes : la privatisation des services publics et la mise en place d’une ville de demain prenant la forme de smart city, ou plutôt devrait-on dire de safe city.

                                                                                                                                      Antoine Deflandre

Sources :

https://www.cerema.fr/fr/actualites/premier-observatoire-du-maas-france

https://www.saint-etienne.fr/actualites/moovizy-2-lappli-qui-r%C3%A9volutionne-mobilit%C3%A9-urbaine

http://www.greenmodal.eu/fr/content/qu%E2%80%99est-ce-que-le-report-modal

https://www.banquedesterritoires.fr/les-transports-publics-etendent-leur-perimetre

https://www.reseau-stas.fr/fr/lappli-moovizy/9

https://www.francemobilites.fr/solutions/solution-maas-mobility-service

http://www.slate.fr/story/71745/illectronisme-illettrisme-grande-cause-nationale

https://www.francebleu.fr/infos/transports/avec-moovizy-2-saint-etienne-se-dote-d-une-application-de-transport-unique-en-france-1562960017

https://www.franceculture.fr/emissions/hashtag/illectronisme-la-fracture-sociale-a-lere-du-numerique

https://www.saint-etienne-metropole.fr/actualites/numerique/transport/application-moovizy-la-metropole-et-la-stas-recompensees

LOI n° 2019-1428 du 24 décembre 2019 d’orientation des mobilités, en ligne : https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=A3AB9076693BAAECABBB8DE317BF7FCD.tplgfr41s_3?cidTexte=JORFTEXT000039666574&categorieLien=id

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