The smart city is watching you


Avec l’explosion de la population urbaine qui s’accroit un peu plus chaque année, les aires urbaines font fassent à de nouveaux défis. Selon l’ONU, aujourd’hui la moitié de la population mondiale est urbaine, et elle représentera 66% en 2050. Pour y faire face, le modèle de la « Smart city » est souvent présenté comme une solution pour répondre à cette transition. Cependant certains aspects de ce modèle, comme la videosurveillance qui nous intéresse ici, peuvent remettre en question nos libertés fondamentales.

La videosurveillance au service du smart model

La Smart city peut être défini comme une « ville intelligente » qui utiliserait les technologies du numériques et de la communication pour améliorer la qualité ainsi que la performance des services urbains, dans le but de réduire les coûts, mais aussi la consommation des ressources tout en accroissant la collaboration avec les citoyens. A terme, ce modèle permettrait aux villes de devenir plus durable et plus collaborative avec les citoyens, en travaillant a l’amélioration de tous les aspects de de la vie d’une agglomération, comme les transports, la santé, les équipements culturels et sportif, ou encore la gestion de l’énergie, du logement ainsi que du mobilier urbain. Ce schéma se base sur la collecte massive de données personnelles, appelé le « big data », dans un but d’optimisation des flux (de personnes, d’informations entre les services, d’information en temps réel etc), pour une « meilleure » gestion urbaine. Cependant, ce modèle n’est pas sans poser problème, et notamment autour de la question de la protection de ces données personnelles, qui manque, comme le rappelle le CNIL, cruellement d’information et de recherche sur ce sujet, et dénonce une sorte d’évitement de la question.

La ville intelligente est regardé, surveillé par le biais de centaines de caméras de surveillance qui s’installent dans nos villes (et parfois même villages). Des sites collaboratifs comme lyon.sous-surveillance.net (existant pour un grand nombre de ville)  recensent les emplacements de ces caméras, et les chiffres font peur… Pour le Grand Lyon, le site affiche plus de 2100 caméras dans l’espace public (qui comprend également les caméras des commerces ou banques). Certaines personnalités publiques préfèrent parler de « videoprotection » et non de « videosurveillance ».  Cependant, c’est bien de surveillance dont on parle car en terme de protection, ces caméras n’ont pas réellement fait leurs preuves. En effet, d’après un rapport de la Cour des Comptes en 2011, ces installations coûteraient environ 600M€ par an à l’Etat et aux collectivités, et ne serait pas si efficace dans l’élucidation des faits de délinquance. La videosurveillance est un moyen, comme peuvent l’être les smartphone, d’accumuler de la donnée, sur les flux et pratiques des citoyens. Certains pays comme la Russie ou l’Angleterre ont déjà mit en place des système de couplage entre la videosurveillance et la biométrie, permettant de créer une base de donnée sur l’ensemble de la population. Le CNIL interpelle sur le fait que « la possibilité de l’anonymat dans la ville est en train de s’évanouir ». Dans un article intitulé « The spectrum of control : A social theory of the smart city », J. Sadowski et F. Pasquale montrent que par la videosurveillance les bases de données peuvent être alimenté par des informations comme le genre, la taille, la façon de s’habiller ou d’autres caractéristiques physiques véhiculés par l’apparence ou encore les personnes et lieux que nous côtoyons, et quand. Par le nombre toujours plus grand de caméras dans nos villes, il est désormai possible de suivre tous nos déplacements dans l’espace ou de « surveiller les types de visages dans la rue » ainsi que les comportements « suspects ».

Un contrôle social plus ou moins visible

Par la seule présence de ces caméras dans nos ville, cela créer une pression publique constante sur les individus et les comportements des citoyens, se savant observés, et vont donc d’eux mêmes les modifier, et cela tend à les rendre plus « docile ». Certaines villes assument (plus ou moins) cet effet de surveillance, en en ayant un usage répressif. Par exemple, sur la place de la Daurade à Toulouse, une caméra accompagné d’un haut-parleur peut « video-verbaliser » les usagers de l’espace public. Ce fut le cas lorsqu’un individu buvant une bière sur cette place se fit rappelé à l’ordre par une voix sortant de ce haut-parleur, le priant de quitter les lieux et en le menaçant d’envoyer la police municipale. Ce dispositif, essentiellement installé pour les « naissances nocturnes », fut mit en place en septembre 2017 et n’avait jamais été divulgué. Ils peuvent également être utilisé pour mettre des « PV à la volée », où le policier derrière son écran de surveillance et déjà en train de vous mètre un PV, à peine l’infraction commise. Ce dispositif, qui tend à se développer, est très lucratif, pouvant facilement rapporter des millions à l’Etat. Cependant ces PV sont très difficilement contestable, et marque toujours plus de contrôle. De façon plus poussé, la Chine à installé un système de reconnaissance faciale dans les rues où lorsqu’un usagers ne respecte pas les règles (comme traverser hors passage piéton), son visage est automatiquement photographié, puis immédiatement diffusé sur un écran géant (« écran de la honte ») au carrefour suivant, et doit payer une amende pour ne plus y être affiché.

Surveillance et démocratie

Bien que la videosurveillance soit réglementé, nous devons nous questionner sur la confiance accordé aux municipalité et à l’Etat dans l’utilisation de ces technologies, car se sont bien notre image, notre visage et notre corps qui sont enregistrés et pouvant être utilisé. Dans leur article, J. Sadowski et F. Pasquale mettent en avant l’importance de la distinction entre contrôle et consentement dans la création des villes intelligentes, et que « l’interconnexion omniprésente des réseaux de surveillance / capteurs, du traitement informatique et des bases de données virtuelles dans la structure physique des villes n’est légitime que si l’on peut dire que les citoyens peuvent y avoir «consenti» politiquement et individuellement ». Or, cette question ne semble pas avoir été présenté aux citoyens, mais plutôt imposé de force, sans consultation, et instaure un « spectre de contrôle » continu, profondément perturbant et remettent en cause nos libertés fondamentale, comme le droit d’aller et venir, ou encore le droit à l’anonymat, essentiel à la démocratie. Par l’omniprésence de la surveillance, certains n’hésitent pas a parler, non plus de « ville intelligente » mais plutôt de « ville cyborg ».

Sarah Gonin-Neveu 

Bibliographie : 

– Smart city : la CNIL dresse un tableau sombre pour les libertés individuelles –https://www.nextinpact.com/news/105426-smart-city-cnil-dresse-tableau-sombre-pour-libertes-individuelles.htm – consulté le 24 Avril 2018

– Smart city et données personnelles : quels enjeux de politiques publiques et de vie privée ? 12 octobre 2017 – Laboratoire d’innovation numérique de la CNIL, 5ème cahier Innovation et prospective intitulé : « La plateforme d’une ville – Les données personnelles au cœur de la fabrique de la smart city ». Consulté le 25 Avril 2018  

– J. Sadowski, F. Pasquale, The spectrum of control : A social theory of the smart city, 6 Juillet 2015 – http://journals.uic.edu/ojs/index.php/fm/article/view/5903/4660#34

– Le Point, La reconnaissance faciale, de la science fiction ? Pas en Chine http://www.lepoint.fr/monde/la-reconnaissance-faciale-de-la-science-fiction-pas-en-chine-18-10-2017-2165488_24.php

-X. De La Porte, Promenade à Lyon sous le regard des caméras – https://www.franceculture.fr/numerique/promenade-lyon-sous-le-regard-des-cameras

Source image : Capture d’écran du site https://lyon.sous-surveillance.net – consulté le 25 Avril 2018

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