La fabrique de la ville et le numérique : une affaire masculine ? Rencontres cyberféministes dans la ville

Du 14 mars 2019 au 14 juillet 2019, l’espace d’exposition de la Gaîté Lyrique accueille “Computer Grrrls”. Pendant cette période, vingt-trois artistes et collectifs internationaux portent “un regard critique et incisif sur les technologies numériques. Elles revisitent l’histoire des femmes et des machines et esquissent des scénarios pour un futur plus inclusif.” 1 Cet événement, nous invite à réfléchir au caractère inclusif de “la fabrique de la ville” et du numérique.

La fabrique de la ville et le numérique : une affaire d’hommes

Avant de rentrer dans le vif du sujet, nous pouvons commencer par évoquer la complexité de la relation: ville et genre. À travers, les gender studies, de nombreuses sociologu·e·s, comme F. Hainard et C.Verschuur, font le constat que “les inégalités de genre se traduisent au niveau de la ville par des inégalités de pouvoir et de décisions”. Les intervenant·e·s du cycle de conférence “Féministe toi- même” et l’article de Y. Raibaud,  mettent en avant le fait que la « ville est faite par et pour les hommes”, autrement dit la fabrique de la ville, serait donc une affaire exclusivement masculine.

Ainsi, comme le théorise David Harvey ou encore Manuel Castells, l’urbain correspond à un espace d’oppressions et de luttes. À cette fabrique urbaine masculine s’ajoute une autre forme d’oppression. En effet, “l’écosystème numérique” semble aussi être dominé par les hommes. Selon Judy Wajcman, la ségrégation de genre persiste à travers la relation: genre et technologie.

Le cyberféminisme, qu’est-ce que c’est ?

En revanche, l’ambivalence est une caractéristique inhérente à la ville. Ainsi, la ville est aussi un espace où l’on peut “recréer le monde”. Plus précisément, la ville est un espace de créativité permettant aux plus démunis de refaire une société plus juste.  Le numérique transforme la ville dans le sens, où il est le biais d’un processus de démocratisation de pratiques et de connaissances pour les femmes. Les technologies numériques seraient intrinsèquement libératrices pour les femmes. On parle alors de cyberféminisme. Les pratiques du numériques sont aux coeur d’ateliers, où les femmes se familiarisent avec “le numérique”, sous toutes ses formes. De façon général, ces pratiques rende la ville plus juste.

Des ateliers, expositions et conférences numériques-féministes en ville

Dans son article, Genre, technologie et cyberféminisme, Judy Wajcman dit que

“les technologies de l’information et de la communication peuvent profiter aux femmes et transformer les relations de genre”. 2

Par exemple, l’exposition Computer Grrrl à La Gaîté Lyrique à Paris, propose un ensemble d’ateliers et de conférences visant à mettre en lumière la place des femmes dans l’histoire de la science et à pallier la sous-représentation de ces dernières dans les hackerspaces et makerspaces.

En effet, dans son article, le média Makery (“le média de tous les labs”), explique que les lieux de fabrication numérique, par extension les lieux de la fabrique de la et/ou dans la ville, sont « trop intimidants» 3 pour les femmes. Un des exemples les plus connus, est la création de la journée de la Femme Digitale. Cet événement annuel “a pour ambition de donner envie aux femmes d’oser, d’innover, et d’entreprendre grâce au digital” 4. Pour aller au-delà de cet événement institutionnel, je vous conseille de regarder la vidéo du RESET, collectif hackerspace queer et féministe.


Deux exemples : l’atelier d’Autodéfense contre les nuisances technologiques et la plateforme Womenability

La ville semble être le lieu privilégié pour la rencontre, où des ateliers mettent en relation des femmes, sur les questions de genre et de numérique. Nous pouvons nous focaliser sur deux exemples : un atelier et une plateforme.

L’atelier d’autodéfense contre les nuisances technologiques,à la Gaîté Lyrique est mené par l’artiste Dasha Ilina. Dans des villes où nos smartphones sont de plus en plus omniprésents, cette artiste numérique propose des solutions do it yourself aux problèmes de santé liées aux appareils technologiques. Plus précisément, les participant·e·s peuvent concevoir et créer des objets, “via des techniques de do it yourself (DIY), pensés pour soulager les parties du corps (coudes, doigts) extrêmement sollicités par l’usage des smartphones et ordinateurs.” 5

La plateforme Womenability 6; présentée dans un des webreportages d’Arte, intitulé “ Des villes plus sûres pour les femmes”7 ; propose un guide de bonnes pratiques “pour bâtir des villes bienveillantes et accueillantes pour tout le monde”. Concrètement, les membres de ce projet ont voyagé à travers 17 pays pour collecter des données produites à l’aide de marches exploratoires. Cette plateforme met aussi en ligne des interviews de femmes, actrices des villes, comme des élu·e·s locaux, membres d’ONG, …

Ainsi ces espaces de rencontres se trouvant dans la ville et réfléchissant aux usages des femmes dans l’espace urbain, tendent à bousculer les lignes entre ville, numérique et genre.

Johanna Berthou


Source image : pixabay.compixabay.com


Sitographie


Bibliographie

  • 2 Wajcman Judy, « 41. Genre, technologie et cyberféminisme », dans : Margaret Maruani éd., Travail et genre dans le monde. L’état des savoirs. Paris, La Découverte, « Hors collection Sciences Humaines », 2013, p. 428-436. URL : https://www-cairn-info.ressources-electroniques.univ-lille.fr/travail-et-genre-dans-le-monde–9782707174567-page-428.htm
  • Delphine GARDEY, De la domination à l’action : quel genre d’usage des technologies de l’information ? https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00003865/document
  • Hainard, François et VERSCHUUR Christine, Femmes et politiques urbaines : Ruses, luttes et stratégies, KARTHALA- Editions UNESCO, 2004, 112 p
  • Castells, Manuel. Luttes urbaines. La Découverte, 1975
  • Harvey, David, Villes Rebelles. Du droit à la ville à la révolution urbaine, Buchet-Chastel, 2015, 304 p
  • Raibaud, Yves. « Durable mais inégalitaire : la ville », Travail, genre et sociétés, vol. 33, no. 1, 2015, p 33
  • H. Lefebvre, Droit à la ville, 3eme edition Anthropos, 2009
  • cycle de conférences suivi à Bruxelles en 2017, intitulé “Féministe toi-même” avec comme intervenant·e·s :  C. Lienard, L. Génin, Y. Raibaud et C. Fleury. L’article de N.Mosconi, M.Paoletti et Y. Raibaud

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