Récit – Mes données Google Maps, enjeu d’éthique ou enjeu de fric ?

8 janvier 2020, il fait beau et pour cadeau de bonne année, je reçois un mail de Google Maps Timeline avec pour titre « Benjamin, voici votre récapitulatif de 2019 ». Ouvrant interloqué, quelle surprise lorsque Google m’annonça avoir enregistré tous mes trajets. Une carte de tous les lieux où je m’étais rendu avec Google Maps est apparue sous mes yeux. Quelle stupéfaction ! 

Commença alors une longue réflexion ; mais pourquoi Google a gardé tous mes trajets ? Heureusement pour ma tension, mon utilisation de cette application est réduite. Je ne l’utilise que lorsque j’ai un rendez-vous pressant à une adresse inconnue ou un trajet compliqué non mémorisé. Et autant en voiture qu’à pied. Mon utilisation de ce service est réduite car avant chaque départ pour un lieu inconnu, je regarde le trajet à l’avance et essaie de le mémoriser. Il n’y en avait que 14 sur l’année 2019, juste un peu plus d’un par mois. 

En grandissant, le parcours scolaire s’articule de manière presque naturelle et des habitudes se mettent en place. Des années de cela, j’ai créé une boîte mail Gmail et ai accepté des Conditions Générales d’Utilisation (CGU). Je ne les ai pas lues, ni ai jamais repensé. À contrario de moi, Google n’a pas oublié, il a glané au fur et à mesure des jours toutes mes petites informations, mes recherches, mes déplacements, mes goûts, mes envies, mes petits secrets, bref tout ce qui me compose. Google me connait presque autant que moi-même. Et tout ça ? Légalement. J’ai accepté tout cela, tout accepté. Je travaille pour Google et pour seule rémunération je peux bénéficier gratuitement de ses services. Et cela me gêne. 

Mais ne serait-ce pas qu’une psychose personnelle ou une affabulation ? 

Bien sûr, cherchez sur Google si Google vole vos données. Vous n’aurez pas de réponse. Il m’a expliqué que j’étais maître de mes données, que je pouvais les télécharger. Je l’ai fait, en vain, car sous des formats inouvrables pour mon ordinateur classique. Néanmoins, sans plus de réponse, la réflexion s’arrête ici. 

Mais, quelques temps après, au détour d’une conversation, le sujet Google vient sur la table. Je ne suis pas le seul à me poser des questions. Certains sont révoltés à l’idée d’une potentielle collecte malsaine des données et ont décidé de ne plus utiliser cette plateforme. Car « ils vendent tes données Benji, arrête d’être naïf ».  On me cite donc Qwant, DuckDuckGo, que de navigateurs inconnus pour moi. 

La curiosité fait alors son chemin. Lorsque je tape ‘Utilisation données Google Maps’, ce qui sort sur mon écran est totalement différent de ce que me propose Google. Même si cette question est relativement peu traitée, certains articles de médias français connus pose la question de la réutilisation de nos données par la firme. Tel est le cas de Ouest France, Les Échos, Slate ou encore Atlantico. 

Néanmoins, sur des centaines de résultats, très peu traitent le sujet. Encore une manipulation secrète de la firme ? La question subsiste. Cependant partons du principe que la recherche de réponse ne doit pas tourner à la théorie du complot. 

Quoi qu’il en soit ces médias affirment que Google prend toutes mes données, si je ne m’y oppose pas sur le site. Première chose à faire ? Aller désactiver ce suivi à la trace. Mais la procédure est impressionnante pour le désactiver. On nous explique comment faire, puis différents liens s’offrent à nous. Où dois-je cliquer ? Dans quelle catégorie suis-je ? Trop compliqué pour moi, j’abandonne et je me résigne. 

Quel but ultime pour Google Maps ?

Si Google garde tous mes trajets en mémoire, et mes recherches en général, c’est aussi dans le but de subvenir à ses besoins. En effet, bien que ses services soient gratuits, il faut que la firme puisse se rémunérer. Pour cela, elle a développé de multiples moyens de gagner de l’argent. Son principal est d’avoir fait de Google un support publicitaire où les annonceurs et entreprises payent pour y apparaitre.

La logique va plus loin. Si Google stocke nos données, ce n’est pas pour faire tourner des milliers d’ordinateurs inutilement, mais pour nous construire à chacun un profil publicitaire ciblé afin de nous proposer des produits et services susceptibles de nous plaire ou de nous être utile. Grâce à cela Google gagne en crédibilité auprès des annonceurs. Bien entendu, que Google gagne sa vie est légitime mais dans quelles proportions ? Par exemple en 2018, le chiffre d’affaire de la firme de Mountain View a réalisé 116 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Et en grande partie dû à la publicité qui nous est proposée. 

Mais alors, comment faire si on ne veut pas travailler pour Google ? 

Être suivi et pisté lors de mes déplacements me semblait insupportable, j’ai alors cherché des solutions. Celle du logiciel libre parait alors être la plus adéquate. Mais qu’est-ce donc ? Le logiciel libre est un logiciel où « les utilisateurs ont la liberté d’exécuter, de copier, de distribuer, d’étudier, de modifier et d’améliorer le logiciel. Avec ces libertés, les utilisateurs (à la fois individuellement et collectivement) contrôlent le programme et ce qu’il fait pour eux » selon les systèmes d’exploitation GNU/Linux, qui sont des logiciels libres. L’on n’est donc pas pistés. 

Néanmoins, leur utilisation nécessite un apprentissage car ce sont des logiciels souvent moins ergonomiques que les logiciels d’entreprises comme Google. 

Peut-on se servir de l’informatique et se passer de Google ? 

La firme américaine est présente sur tous les fronts. En effet Google nous propose plus de 200 services, dans une multiplicité de domaines. Alors pour « échapper » à Google, il est nécessaire de changer de navigateur. On peut utiliser alors Qwant, navigateur français qui ne conserve pas nos données. Il faut également changer de boîte mail, on peut utiliser Thunderbird, lancé par Mozilla. Pour tout ce qui est bureautique, il existe framasoft, qui se décline en framapad, framabook ou encore en framablog. Il faut réapprendre à utiliser internet et se défaire de ses habitudes qui sont ancrées depuis le début de notre utilisation d’internet. 

Pour ma part, j’ai essayé de faire ce travail, d’utiliser internet et ses outils sans passer par Google. Mais lorsqu’on a besoin d’être productif dans son travail, apprendre en même temps à utiliser d’autres logiciels est compliqué. Finalement à force d’essais, j’ai laissé tomber et ait préféré travailler pour Google, en bénéficiant de tous ses services ergonomiques et pratiques que beaucoup utilisent. La chute de cette recherche personnelle est finalement malheureuse mais agir seul contre le système parait difficile pour quelqu’un n’étant pas très doué en informatique. Quand je dis que je vais « chercher sur Google, c’est mon meilleur ami », cette phrase est presque vraie, mais seulement avec la moitié de mon consentement. Je veux continuer à bénéficier de tous ses services sans en avoir les aménités négatives.

Je travaille pour Google, en est conscient et continue sciemment même cela me dérange. 

Benjamin FAYARD

Photo : Pixabay

Bibliographie : 

https://www.atlantico.fr/decryptage/973852/les-4-moyens-par-lesquels-google-pietine-notre-vie-privee-et-accumule-les-donnees-sur-nous-fred-jutant

https://www.atlantico.fr/rdv/3586537/le-vrai-cout-de-l-utilisation-de-google-et-facebook–notre-vie-privee-et-nos-donnees-jessica-eynard-fabrice-epelboin

https://www.lebigdata.fr/google-donnees-ia-controle

https://www.ouest-france.fr/high-tech/google/la-matiere-premiere-de-google-vos-donnees-personnelles-4938302

http://www.slate.fr/story/159616/donnees-personnelles-facebook-google-savent-sur-voushttp://www.slate.fr/story/164498/vie-privee-en-ligne-geants-internet-google-gmail-facebook-donnees-personnelles-confiance

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