Travail de groupe : Hacking citoyen, perspectives d’une tendance actuelle

Le hacking est défini comme un processus de conception de logiciels dans un esprit de collaboration ouverte ou “la conviction selon laquelle le partage d’informations  est un puissant bien positif et que les pirates informatiques ont le devoir moral de partager leur expertise en écrivant des logiciels libres et en facilitant l’accès à l’information et aux ressources informatiques chaque fois que cela est possible”. En cela, le hacking se différencie du piratage qui est une intrusion dans des systèmes informatiques.

Les hackers citoyens ce sont ces bidouilleurs qui détournent, contournent, remontent pour améliorer le quotidien. Ils mettent alors le numérique au service de la démocratie ou plutôt au service des citoyens, partant du principe que nous devrions tou.te.s pouvoir connaître et contrôler les outils numériques que nous utilisons. Cette idée fait évidemment écho aux Commons d’Elinor Ostrom, ces ressources numériques échappant à la régulation publique et privée mais qui respectent à la fois l’autonomie des communautés, l’open data et permet l’appropriation de tou.te.s. Le hacking citoyen promeut un retour aux logiciels et aux standards libres et à l’espace public comme un commun.

Du numérique à la rue

Les outils numériques semblent être devenus une reproduction de l’espace public où il est possible pour chacun de s’exprimer librement. Cela entre en contradiction avec l’espace public réel qui n’est autre que la rue, les places, la ville dans son ensemble. En effet,cet espace public physique est rempli de règles, de codes, de normes hérités de la société dans laquelle nous évoluons. Nous héritons de règles que nous ne questionnons pas systématiquement. En cela, l’espace public n’est plus tellement nôtre mais celui des règles introduites et surveillées par les pouvoirs publics.

Le citoyen retrouve alors un espace libre grâce au numérique. Ce dernier lui offre par la multiplicité de plateformes, de réseaux sociaux etc. de retrouver un endroit appartenant à tous, où une expérience partagée voit le jour entre tous les citoyens utilisateurs du numérique. Grâce à ces communs numériques, les citoyens peuvent réfléchir sur comment se réapproprier l’espace public réel de la ville et mettent en place différents projets, stratagèmes. Dans ces espaces numériques, le citoyen a accès à de la donnée qui constitue pour lui, un capital, une force, qu’il peut exploitée et questionner. C’est pourquoi il est important pour les citoyens hackeurs de la ville de réintroduire dans celle-ci des données accessibles. Ces données peuvent par exemple être une explication d’une interdiction, d’une installation. L’organisation du hacking de la ville se fait alors via les communs numériques.

Des initiatives sont donc prises et relayées sur et par les réseaux numériques de manière à donner aux citoyens le moyen de se réapproprier leur ville. Un événement qui met bien en avant le fait que l’on ne fait que respecter les règles édictées et qui nous invite à réfléchir à une utilisation de l’espace est le “Parking Day”. Il s’agit pendant une journée de louer des places de parking avec les horodateurs et d’occuper cette place de toute les manières sauf en y stationnant une voiture. Toutes sortes d’occupation sont mises en place comme l’installation de bancs, du jardinage, des barbecues… Autant d’activités qui permettent à la fois aux citoyens de s’imprégner de l’espace public comme ils l’entendent et cela de manière collective. Par ces initiatives, l’espace public redevient un commun appartenant à tout le monde plutôt qu’un commun n’appartenant à personne.

Cet exemple rend alors compte du fait que hacker la ville ne se situe pas dans une démarche obligatoirement activiste, revendicatrice mais s’inscrit plutôt dans une réflexion commune sur la ville et ses utilisations. Le bénéfice de cette démarche de hacking est pour le citoyen de se dire qu’il a rendu la ville plus agréable et pratique grâce à une recherche collective.

Hacking citoyen et droit à la ville

Appelant à reprendre le contrôle de la ville à travers des actes subversifs, le hacking citoyen rencontre le droit à la ville, le numérique rencontre Henri Lefebvre. En effet, la ville selon Lefebvre est devenue « le lieu de l’aliénation par excellence et l’urbanisme, « jouet d’un pouvoir centralisateur » (Lefebvre, 1969), qui dépossède une classe de sa force de travail et accentue la ségrégation. » (Costes, 2010). Cette perspective se retrouve chez les hackers citoyens et le hacking n’est finalement qu’un outil de réappropriation de son propre environnement. La ville projet de Lefebvre est une ville collective née de la force sociale, une “oeuvre” de tous contre la ville ségréguée. La perspective politique des hackers citoyens est peut-être aussi révolutionnaire que la pensée Lefebvrienne par son caractère disruptif et subversif même si aucun projet politique ne semble réellement émerger.


Le hacking citoyen est défendu dans cette même perspective par une sociologue et économiste, Saskia Sassen. Celle-ci critique la désurbanisation de la ville laissée dans les mains des ingénieurs alors qu’ils ne sont que des acteurs parmi d’autres. Elle prône donc  un changement du rapport aux technologies : “pour être interactives, pour s’intégrer dans des écologies multiples, elles devraient plutôt être visibles, accessibles à qui les regarde ou les utilise ». Pourtant, le journaliste et géographe Arthur Devriend n’est pas de cet avis car ce discours serait trop vague et imposerait une sorte de dictat de l’innovation contre-révolutionnaire.

Le hacking citoyen, un moyen de redonner un souffle à la démocratie représentative


Notre époque serait caractérisée par un désintérêt des jeunes pour la politique. Les jeunes générations ont davantage le goût pour tout ce qui est connecté, ce qui amène à un désengagement à la fois dans les partis et lors des élections. Ce désaveu pour la politique est amplifié par un faible partage des pouvoirs effectifs et des difficultés de communication et d’écoute entre les différents partis prenants de la société : les élus, les techniciens et les citoyens. Ces derniers soulignent un déficit de concertation dans les phases d’élaboration des projets.
Face à ce constat, certains gouvernements (celui de Tony Blair par exemple) prônent le fait que la technologie en réseau peut venir aider la démocratie représentative.  En effet, Internet peut contribuer à améliorer la vie civique puisqu’il permet à tous de participer en s’exprimant et d’être proche des décideurs.

Internet peut être le théâtre où la justice est rendue : la scène numérique sert à dénoncer des pratiques -comme la dénonciation des conditions animales dans les élevages ou abattoirs- . Les images qui alertent et choquent peuvent déclencher la mise en oeuvre de mesures juridiques ou administratives. Ainsi, des formes de surveillance, de répression ou de dissuasion fleurissent sur le net et cela concourent à des situations où il est possible de se faire justice soi-même. Ces actes renvoient à des pratiques de “justiciers hors-la-loi”.
Interpeller à travers les réseaux sociaux permet d’élargir l’audience, de toucher un grand nombre et les autorités (judiciaires ou policières) peuvent alors se retrouver contraintes d’agir. Cet acte de dénonciation, en jetant l’opprobre à un individu ou une institution, est le moyen efficace pour qu’une sanction directe soit énoncée.

La notion de collectif actualisée notamment grâce aux civic tech, outils des citoyens hackers

Puisqu’ils ne se rassemblent pas dans la rue, les citoyens hackers doivent trouver un autre endroit à investir. Ils se rassemblent donc comme dit précédemment sur des plateformes numériques aux différents objectifs. Lorsque ces plateformes ont pour objectif de moderniser la démocratie en révisant la relation élus/citoyens, elles sont appelées civic tech, un terme qui peut se traduire par “technologies citoyennes”. Le but de ces plateformes est donc de faire participer les citoyens autrement de manière à leur redonner l’envie de participer à la résolution de problèmes locaux voire nationaux. En effet, les citoyens peuvent se connecter à des plateformes de débats, de partage d’idées, de budgets participatifs, de consultation citoyennes… De cette manière, les citoyens sont capables de “hacker” la démocratie en donnant une nouvelle place aux citoyens à travers le virtuel.

En partant de cette affirmation, il est intéressant de se pencher sur le cas du mouvement de contestation français des Gilets Jaunes. Ce mouvement naît suite au lancement d’une pétition contre la hausse des prix du carburant via la plateforme change.org. De là, les citoyens s’organisent grâce aux réseaux sociaux. Les premiers rassemblements ne s’y trompent pas, le numérique a permis l’organisation de ces marées jaunes partout en France. L’utilisation des civic tech par ce mouvement continue sur la plateforme participative Cap Collectif qui est un “générateur d’intelligence collective”. De par sa dénomination, on comprend que l’objectif de ces plateformes est de créer un lieu commun d’échange aux citoyens pour permettre leur organisation. Sur cette plateforme, lesdits Gilets Jaunes s’organisent et font des propositions de projets de politiques publiques. Cette idée de s’organiser par plateforme numérique est d’ailleurs reprise par le gouvernement lors de la mise en place du grand débat. Alors, quelle part de subversivité conserve cet outil lorsqu’il est utilisé par le pouvoir en place?

Des hacktivistes au service de nos quotidiens

Le hacking citoyen peut rester très éloigné de la réalité de nombre d’entre nous ne possédant pas les compétences numériques et informatiques. C’est d’ailleurs une des raisons qui a poussé Geoffrey Dorne à publier son ouvrage Hacker citizen, nous proposant des solutions adaptées à nos capacités et à notre quotidien. Cette publication est un réel “guide de survie citoyenne en milieu urbain”, il aborde trois thématiques, commençant par la lutte contre la surveillance, la réintroduction de la nature en ville et enfin pallier l’unpleasant design ou le mobilier urbain destiné à exclure les indésirables. La pierre angulaire de cet ouvrage reste l’appropriation ou la réappropriation de son environnement, toujours avec dialogue.

Dorne nous propose par exemple de créer un portefeuille anti RFID, c’est à dire pour protéger l’ensemble de nos cartes des lecteurs qui pourraient capter nos données car celles-ci ne sont pas sécurisées. Plusieurs épaisseurs d’aluminium suffisent à rendre ces cartes muettes!

Artiste et designer, Florian Rivière se déclare “hacktiviste”. Il entend par là un détournement des objets urbains pour inciter à plus de liberté, d’appropriation et d’inclusivité, il souhaite offrir des possibilités nouvelles aux citadins.es. En ajoutant un dossier à un banc, il le transforme en un confortable transat qui invite davantage le passant à s’arrêter un moment pour profiter de l’espace public. Il regrette que la ville soit souvent réduite, par ses habitants, qu’à un espace de circulation. On ne la vit plus mais ne faisons que le traverser pour travailler ou consommer. L’urbanisme, tel qu’il est effectué va dans ce sens. Par ces actions, il contrecarre ces phénomènes, en développant de nouveaux usages : des barrières de chantiers deviennent des sauts de haie, un portique de parking devient une cage de foot. Florian Rivière fait partie du collectif Démocratie Créative, ayant pour but de questionner le citadin sur son environnement quotidien, impliquer les habitants dans l’appropriation de leur territoire et échanger autour d’espaces d‘intervention.


Sources :

Laurence Costes, « Le Droit à la ville de Henri Lefebvre : quel héritage politique et scientifique ? », Espaces et sociétés 2010/1 (n° 140-141), p. 177-191. DOI 10.3917/esp.140.0177

James Crabtree, “Civic hacking: a new agenda for e-democracy”, openDemocracy, 2007

Geoffrey Dorne, Hacker citizen, le guide de survie citoyen en milieu urbain, Tind editions, 2016

Benjamin Loveluck, « Le vigilantisme numérique, entre dénonciation et sanction. Auto-justice en ligne et agencements de la visibilité », Politix, vol.  115, no. 3, 2016, pp. 127-153.

https://altervilles.wordpress.com/2018/04/27/villes-numeriques-citoyen-ne-s-pirates/

http://civictechno.fr/

La transformation digitale : Mode d’emploi

https://www.franceculture.fr/emissions/hashtag/civic-tech-de-la-marge-au-centre-du-jeu-politique

https://www.groupechronos.org/blog/chroniques-des-villes-agiles-2-eloge-du-hacking-urbain

https://laviedesidees.fr/Citoyen-hackeur.html

http://owni.fr/2011/07/21/hacker-la-ville-une-bonne-idee/

http://owni.fr/2011/07/21/itw-%C2%AB-recuperer-un-espace-qui-appartient-a-tout-le-monde-et-a-personne-%C2%BB/index.html


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