IBM City, Google City, CTOS… Quand les systèmes d’exploitation prennent possession de la ville.

Nous sommes tous en contact direct avec un système d’exploitation (aussi dit OS, Operating System, pour les intimes). La preuve, si vous lisez cet article c’est que vous êtes très certainement sur votre ordinateur sous Windows, sous macOS ou voire même votre smartphone sous Android ou iOS. Et bien dîtes-vous que les villes ont droit désormais à leur propre système d’exploitation, et le marché qui se développe n’en est qu’à ses débuts. La donnée est devenue une ressource essentielle dans le monde d’aujourd’hui, sa collecte une opportunité pour des entreprises de haut rang de créer des cerveaux urbains phénoménaux. Mais à quel prix ? Est-ce vraiment au service du citoyen urbain ?

  • L’avènement des systèmes d’exploitation urbains    

IBM City ou encore Google City. Des systèmes d’exploitation destinés aux gouvernements urbains dans le but d’optimiser au mieux le fonctionnement de la ville grâce à ce qu’on appelle désormais l’Internet of Things – IOT (parfois traduit par l’internet des objets). Imaginez la possibilité de connaître en temps réel les places de stationnement disponibles dans une rue, de réguler la luminosité des lampadaires en fonction du passage d’une personne, ou encore de détecter immédiatement une fuite de gaz ou d’eau dans un bâtiment. Tout ceci est possible grâce à ces infrastructures numériques et aux vitesses de connexion à internet toujours plus élevées. Les systèmes d’exploitation urbains sont au cœur de la stratégie smart city. Google veut aller encore plus loin en créant sa propre ville, la Google City  (Google City : le géant américain veut créer sa propre ville, Europe 1) dans lesquelles toutes les solutions du futur seraient conçues et testées à échelle grandeur nature. Des voitures autonomes y circuleraient, la ville auraient un bilan carbone neutre, bref un prochain modèle urbain ?

  • L’intelligence informatique doit-elle nécessairement servir la ville ubiquitaire ?

Si la réponse, en bon suivi de la loi des titres de Betteridge, est certainement non, on est tout de même amenés à se demander pourquoi ces outils sont aujourd’hui fortement dédié à la sécurité urbaine. Ainsi, de nombreuses villes et métropoles dans le monde s’équipent d’un véritable poste de contrôle centralisé, comme on le connaissait auparavant dans les métros automatiques, mais destinés à pouvoir monitorer dans la même pièce toutes les caméras de surveillance d’une même ville. La photo de couverture de ce blog en est un exemple avec ce qui est certainement l’exemple le plus connu : le centre d’opérations de la préfecture de Rio de Janeiro (Brésil). Ce système tout-en-un est fourni par IBM et a pour but par exemple de prévenir une inondation ou un glissement de terrain l’avance avec une réactivité sans égale. Une réactivité aussi pour les services d’urgence comme la police qui peut désormais traquer tous celles et ceux qui passent devant l’une des nombreuses caméras dont la mairie se targue dans un reportage de BBC News d’en avoir en plus grand nombre que Londres (connue pour être une championne en la matière). Certes il est sans doute nécessaire dans cette cité rongée par les guerres de gangs de trouver des moyens lui permettant de lutter au mieux contre cette insécurité mais les dérives pourraient être inquiétantes.

Building Songdo Central Park Songdo Incheon Korea
Panorama du centre financier international de Sangdo depuis le Central Park

La ville de Song-do en Corée du Sud, dans la province d’Incheon en périphérie de Séoul constitue LE modèle de smart city ultra connectée. Toute la ville est bardée de capteurs qui mesurent avec perfection la consommation énergétique, mais qui sont aussi capables de vous suivre au pas : lecture de plaque d’immatriculation, contrôle du stationnement… Les données personnelles ne sont pratiquement plus qualifiables de personnelles tant elles sont partagées dans les différents algorithmes régissant la cité. Résultat, une ville tellement bien pensée qu’on en a oublié l’essence même de l’urbain : Songdo est frappée par un véritable manque de vie sociale. Et Big Brother ne semble plus très loin.

  • La smart city à l’épreuve des hackers : Watch Dogs, la fiction qui pourrait devenir réalité

CTOS, c’est le système informatique servant à gérer la ville de Chicago, dans le jeu vidéo Watch Dogs, sorti en 2014 et produit par la société française Ubisoft. Le protagoniste est un pirate informatique (ou un hacker comme il se dit dorénavant) capable de prendre le contrôle des données qui sont partagées dans le système en se servant du réseau sans-fil et de la proximité avec l’usager ciblé. Identité, compte bancaire, mais aussi casier judiciaire, état de santé, voire même un feu rouge ou l’électricité… Le joueur peut ainsi s’amuser à manipuler la donnée de sorte à prendre contrôle de la ville. Si cela reste du domaine de la fiction, la question de la sécurité des données partagées dans la ville est de plus en plus prégnante. Tout système informatique n’est pas parfait, et comme sur Windows, des failles de sécurité importantes peuvent toucher les OS urbains. Un article paru dans Maddyness en 2015 décrit différentes faiblesses que connaissent les équipements urbains numériques. On peut citer par exemple la possibilité pour un pirate de toucher directement à la gestion de l’eau potable, de changer les informations des panneaux à messages variables ou pire encore le cas d’un hôpital de Boulogne-sur-Mer qui aurait été attaqué par un rançongiciel, un virus cryptant des données informatiques dans le but de recevoir une somme d’argent en retour.

Ouvrir la ville à internet c’est donc à la fois la rendre plus optimale et sûrement rendre la vie plus confortable dans certaines situations mais c’est aussi la rendre plus vulnérable et in fine mettre potentiellement en danger le citoyen urbain qui pourrait devenir la cible directe de personnes ou d’organisation peu scrupuleuses s’il était amené à partager pleinement ses données dans un système d’exploitation urbain. Les pouvoirs publics créeraient-ils une police de la cybersécurité pour contrer cela ? La révolution numérique n’est pas prête de finir.

Lucien Munoz

Une réflexion sur “IBM City, Google City, CTOS… Quand les systèmes d’exploitation prennent possession de la ville.

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