Pour un usage humain de la technologie : de la Smart City à l’Human City.

La révolution technologique qui s’est opérée dans les années 60 a élargi la sphère de l’information et la communication. La technologie est devenue un outil non seulement au centre des usages individuels, mais aussi collectifs. Il réside dans la technologie l’espoir partagé d’une solution à l’ensemble de nos problèmes contemporains, comme la lutte contre le changement climatique ou bien la sécurité et ainsi faciliter la vie dans les mégalopoles. Toutefois, nombreuses sont les critiques envers la technologie, comme son caractère néolibéraliste : la recherche du profit et la répression du pouvoir politique. Il devient nécessaire de recentrer l’humain au sein des villes et donc l’objectif des politiques publiques. Une ville intelligente devrait être avant tout une ville humaine.

Les effets de la révolution technologique

À partir des années 60, la révolution technologique a donnée lieu à une prolifération massive des technologies de l’information et de la communication. À cet égard, le sociologue espagnol Manuel Castells explique comment le monde a opéré un passage entre un système industriel à un système informationnel : ce qu’il nomme l’informationnalisme. Dans un certain sens, toutes les sociétées sont fondées sur le partage des connaissances mais aujourd’hui, la nouveauté réside dans la technologie du traitement de l’information et son impact sur la société.

Technologie et urbanisation

Aujourd’hui, environ 54 % de la population mondiale vit en milieu urbain et près de 70 % y vivront en 2050.
C’est une urbanisation progressive qui ne semble pas vouloir s’arrêter. Selon Anthony Townsand, expert des technologies de l’informations, l’étalement urbain et le développement technologique sont liés : « Les villes partout prospèrent parce que les nouvelles technologies les rendent plus évaluables et efficaces en tant que lieux de rencontre vis-à-vis ». Dans les villes, les entreprises high-techs entretiennent des réseaux entre eux qui leur permet de grandir et d’améliorer. En outre, la technologie est de plus en plus utilisée par les administrateurs locaux comme solution à de nombreux problèmes des villes contemporaines. La tendance majeur est de suivre le modèle de la Smart City qui vise à utiliser les technologies de l’information et de la communication afin d’optimiser les infrastructures urbaines ainsi que résoudre des problème sociaux, environnementaux, politiques et économiques.

 

Limites à la Smart City : quelle place de l’humain en milieu urbain ?

Des nombreux auteurs dans les études urbaines ont souligné comment l’usage de la technologie révèle certaines problématiques. L’idée commune est que la technologie devient de plus en plus instrumentalisée par le pouvoir politique et économique. Il y aurait une tendance à promouvoir des objectifs adressés au profit économique et à la sécurité tout en négligeant les enjeux sociaux et environnementaux.

Des nouvelles villes écologiques. Le cas de Masdar city.

Federico Cugurullo est un spécialiste en Urbanisme intelligent et soutenable qui a étudié la ville de Masdar City, une ville nouvelle à coté de Abu Dhabi créée pour être une ville écologique et autosuffisante. Cugurullo explique comment la ville a fini par poursuivre des intérêts plutôt économiques. Parmi les limites identifiées par l’auteur on peut on peut identifier 3 aspects :

  • Intérêts économiques : Le but est celui de créer une plate-forme urbaine pour une vitrine commercial de la « green » technologie.
  • L’usage de la technologie est problématique : les technologies utilisées sont composées par des matériaux polluants – comme le métal, le plastique, le minéral, etc – qui sont dérivés du pétrole.
  • Distribution inégale: la majorité des édifices construits sont de haute qualité, seulement un faible nombre d’édifices sont destinés à un usage populaire.

D’autres projets de villes intelligentes soulèvent la même problématique. En négligeant les aspects sociaux, cette typologie des villes risque de devenir des « enclaves écologiques » où la protection est donnée seulement à un petit nombre d’acteurs tandis que les effets négatifs du changement climatique sont injustement distribués.

La surveillance et le big data

Un autre objectif de la smart city est le problème de sécurités des espaces urbaines. C’est le cas des cameras intelligentes et de l’usage du big data. L’usage de ces technologies peut se révéler problématique en termes de vie privée, les individus sont constamment surveillés et contrôlés, la vie privée devenant peu à peu un artefact du passé. Les villes intelligentes deviendront l’analogue numérique du Panoptique, la prison de Jeremy Bentham en 1971.

Un autre problème réside dans les effets sociaux de ces technologies. Les villes intelligentes peuvent amplifier un type de violence plus banal – celui qu’inflige la pauvreté – en aggravant les écarts entre les nantis et les démunis. Cela peut arriver lorsque les capteurs et la surveillance sont utilisés pour durcir les frontières et éloigner les pauvres des « gated communities ».

Dans ce contexte les problèmes sociaux sont réarticulés. Par exemple, dans le cas le plus connu des favelas au Brésil, ces enclaves sont devenues des espaces considérées comme dangereuses au lieu d’etre pensées relevant de la marginalisation et de la pauvreté. La conséquence est l’usage d’instrument de surveillance qui corroborent pas seulement de la stigmatisation mais aussi une militarisation de ces espaces, avec l’usage de la répression et de la force policière au lieu de produire des aides sociales.

 

De la smart city à l’humain city

Face à ces limites comment penser la ville de demain ? Il faut condamner l’usage de la technologie dans les villes ? Bien sûr non ! Surtout parce que le développement durable est nécessaire pour affronter les changements climatiques et la technologie ici pourrait jouer un rôle clé. Mais il faut surement repenser l’usage de la technologie. Il faut qu’elle soit adressée à un usage plus social. Une proposition pourrait être celui de remettre l’individu au cœur des problématiques contemporaines, c’est à dire de concevoir des villes intelligentes qui prennent en compte les particularités locales et l’implication des citoyens dans leur création. Les technologies sont une révolution mais elles peuvent aussi asservir l’individu le rendre esclave de l’intelligence artificielle. Il faut repenser la ville du futur, il faut recentrer sur l’humain qui lui, fait ville.

Isadora Avveduto

 

References

Castells, M. (2001). Epilogue, L’informationnalisme et la société en réseau. En : P. Himanen, ed., L’éthique hacker et l’esprit de l’ère de l’information. New York: Random House, pp.149-168.

Cugurullo, F. (2016). Urban eco-modernisation and the policy context of new eco-city projects: Where Masdar City fails and why. Urban Studies53(11), 2417-2433.

Townsend, A. M. (2013). Smart cities: Big data, civic hackers, and the quest for a new utopia. WW Norton & Company.

The Conversation. (2017). Conversation avec Brigitte Métra : entre smart city et human city. [enligne] Disponible: https://theconversation.com/conversation-avec-brigitte-metra-entre-smart-city-et-human-city-87472 [Consulté en Avril 2018].

Vanolo, A. (2016). Is there anybody out there? The place and role of citizens in tomorrow’s smart cities. Futures, 82, 26-36.

 

Source visuelle

https://www.flickr.com/photos/andffbr/38578738390/

 

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