De la « Smart cities » au « crypto-anarchisme », quels avenir pour les villes?

D’après un rapport de l’ONU la proportion de la population habitant en ville devrait passer de 54% en 2014 à 66% en 2050. Face à l’urgence écologique et aux défis soulevés par l’efficacité des services urbains est plus que jamais au cœur des débats. Aujourd’hui, la smartcitie tends à s’imposer comme un modèle permettant, grâce à l’utilisation de la technologie et la collecte de données, de rendre plus efficace les services urbains. Pourtant l’utilisation des données personnelles peut être perçue comme une violation de la vie privée.Quels sont les enjeux autours de la donnée? A l’heure du tout numérique, la production, la gestion et le partage des données est devenue une question politique essentielle. En effet, la production et l’exploitations des données est à la fois vue comme une formidable opportunité pour les promoteurs de la « smart cities » et comme un véritable outils de contrôle étatique pour des citoyens comme les crypto-anarchistes.

La smart-cities, la ville de demain?

La smart-cities est une ville qui utilise les technologies de l’information et de la communication pour améliorer ses services urbains ou bien pour réduire ses coûts de fonctionnement. Par l’utilisation de la données produite sur son territoire la « smart cities » ou ville intelligente espère s’auto-réguler dans des domaines aussi variés que :

  • les transports
  • la gestion des déchets
  • la gestion des réseaux d’eau
  • la gestions des risques
  • l’évaluation des politiques menées
  • etc..

Plusieurs acteurs interviennent au sein des « smart cities ». Les premiers sont les collectivités. Le Grand Lyon, par exemple, qui dès 2013 se lance dans le projet répondre aux défis urbains, accompagner les nouvelles pratiques urbaines et créer un style de vie à la lyonnaise” grâce à l’innovation, l’utilisation et l’expérimentation de nouvelles technologies et une co-production mêlant des acteurs publiques, des partenaires privés et enfin des citoyens. 

Le cas du Grand Lyon illustre tout de même la nécessaire coopération entre les collectivités et les entreprises privées. Ainsi on retrouve un partenaire, Véolia, qui dès 2013 propose aux collectivités des outils technologiques, leurs permettant de répondre aux enjeux des villes numériques. Mais ce n’est pas tout, EDF, Orange, SFR, Toshiba, Huwai sont autant de partenaires de la ville de Lyon que de grands groupes s’assurant une position de monopole dans la recherche autours des smart cities et dans l’offre commerciales aux élus.

Le succès et l’efficacité de la smart-cities française peut toutefois être relativisé et des questions de fonds, notamment sur la collusion entre les grands groupes restent ouvertes.

Une brève histoire du crypto-anarchisme

A l’opposé de la tendance du partage de la données du citoyen vers les collectivités ou les grands groupes privés, les crypto-anarchistes défendent une protection ferme des données privées.

Apparu dans les années 1990 avec le mouvement cypherpunk, le termes crypto-anarchie est utilisé pour la première fois par Tim May dans son Manifeste « True Nyms and Crypto Anarchy ». Dans ce manifeste, il est décrit que « les méthodes cryptologiques altèreront fondamentalement la nature de l’interférence du gouvernement et des grandes sociétés dans les transactions économiques »1 . L’objectif de ce manifeste étant à d’attirer l’attention des anarchiste traditionnels  aux nouvelles opportunité rendue possibles par les technologies informatiques.

Le chiffrement, et la méfiance vis à vis des institutions étatiques ou économique est une constante chez les mouvements anarchistes et plus particulièrement chez les cryptoanarchiste. De fait, et comme leur noms l’indique, les cryptoanarchistes utilisent le chiffrement pour tout leurs échanges afin de défendre leur droit à la vie privée et plus généralement leur liberté.

« L’État et les entreprises disposent de données sur notre comportement, nos finances, nos habitudes de consommation. Mais avec une connexion Internet sécurisée et l’anonymat d’une monnaie décentralisée comme le bitcoin, il est possible de retrouver la liberté perdue, assure Martin Šíp dans une interview accordée à Usbeck&Rica.

La donnée au cœur des débats.

Comme nos l’avons vu précédemment, l’utilisations de données, et notamment les données relatives à la maintenances de réseaux peut rendre la gestion des villes et des services urbains plus efficaces. On peut néanmoins s’interroger sur le traitement de données personnelles par des collectivités ou des grands groupes privés. Pour reprendre les exemples souvent utilisés par les anarchistes, l’utilisation d’une technologie en France dans les années 1930, en l’occurrence des registres mentionnant des données personnelles tels que l’ethnicité ou la religion des personnes physiques, a été utilisé par les Nazis pour déporter et assassiner en masses des citoyens jugés « indésirables ».

Au regards des nouvelles technologies comme la prévention du crime par la reconnaissance faciale ou encore de l’accaparement et l’exploitation des données personnelles de citoyens par de grands groupes comme Google ou Facebook par exemple et enfin la confiscation des savoirs faire en matière de gestion de services public par des entreprises privées, la question du droit de protection de données personnelles reste donc ouverte.

La nouvelle Loi pour une République Numérique et Pour le Protection des Données Personnelles promulgué le 7 octobre 2016 peut être vu comme une première réponse à la protection des données personnelles des citoyens, sans pour autant remettre en cause le principe de confiscation des savoirs faire en matière de nouvelles technologies par les grand groupes.

Le prochain challenge serait donc de pouvoir répondre à l’urgence des défis écologiques tout en respectant la vie privée et donc la liberté des citoyens.

Antoine CLEMOT

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